Discours du Président IDRISS DEBY ITNO à l’Université d’Abomey

Monsieur le Président et cher Frère THOMAS BONI YAYI ; Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions de la République Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement ; Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et les Représentants des Organisations Internationales ; Messieurs les Doyens et Vice-Doyens, Directeurs et Directeurs-Adjoints des Facultés, Instituts et Ecoles de l’Université d’Abomey-Calavi ; Mesdames et Messieurs les membres du corps professoral de l’Université d’Abomey-Calavi ; Distingués Invités ; Mesdames et Messieurs ; Je voudrais, tout d’abord, féliciter mon frère THOMAS YAYI BONI pour sa brillante réélection à la magistrature suprême lors de l’élection présidentielle de 2011. Je voudrais aussi vous dire combien je suis heureux d’être sur cette terre du Bénin que je considère légitimement comme la mienne. En effet, les relations tissées entre le Bénin et le Tchad sont fort anciennes, denses, fructueuses et frappées du sceau de la confiance. Je voudrais remercier très sincèrement le Président de la République du Bénin, le Gouvernement et le peuple béninois pour l’accueil fraternel et toutes les marques d’attention dont la délégation tchadienne et moi-même sommes l’objet depuis notre arrivée sur cette terre africaine, terre d’hospitalité légendaire : la République du Bénin. Je voudrais, enfin, exprimer mes profondes gratitudes et ma reconnaissance au Recteur, le Professeur NORBERT AWANOU, au corps professoral et au comité composé des membres les plus éminents du corps professoral de l’Université d’Abomey-Calavi pour le choix porté sur ma modeste personne, serviteur de la nation tchadienne. J’exprime ma gratitude à l’Université d’Abomey pour m’avoir décerné la plus prestigieuse distinction honorifique, en m’élevant à la dignité de Docteur HONORIS CAUSA. Je suis heureux que cette cérémonie soit organisée par l’Université d’Abomey-Calavi, l’une des plus anciennes universités du Bénin. Cette reconnaissance constitue un honneur pour le peuple tchadien et surtout sa jeunesse. Les universités, en général, méritent tout notre respect et notre considération, parce qu’elles sont les lieux où se forment les Hommes, acteurs de l’évolution de nos sociétés. Elles sont aussi les lieux où naissent les idées qui transforment le monde. Je considère votre invitation comme un appel à la réflexion adressé à ma modeste personne. Je viens avec plaisir et avec humilité de N’Djaména, à près de deux mille kilomètres, mais l’endroit où nous retrouvons ne m’est pas étranger. Au Tchad, depuis la naissance de nos Etats, nous assimilons le Bénin à l’université. Même sans la distinction Honoris causa, quand je me dirige vers votre beau pays, j’ai le sentiment (comme la plupart des Tchadiens, certainement); de me rendre au quartier latin. Donc, Docteur IDRISS DEBY ITNO ne vient pas pour enseigner : il vient pour apprendre. Monsieur le Recteur de l’Université ; Mesdames et Messieurs les membres du Corps professoral ; L’Université d’Abomey-Calavi vient de me décerner un titre honorifique ; ce dont je me félicite. Mais, j’aimerais aussi souligner que ce geste vient s’ajouter à la liste déjà longue d’actions que votre institution a réalisée en faveur de mon pays, le Tchad. En effet, beaucoup de jeunes tchadiens ont étudié ici, dans vos facultés, et exercent aujourd’hui avec compétence leurs fonctions au service de leur pays. L’Université Nationale du Bénin, devenue Université d’Abomey-Calavi, est à cet égard très célèbre au Tchad. D’autres jeunes y étudient encore de nos jours, aussi bien dans les facultés que dans les instituts et écoles sous tutelle. C’est pour moi le lieu d’exprimer, une fois de plus, la reconnaissance du Tchad à cette Université qui lui a déjà tant donné, car pour un pays, le meilleur cadeau ne peut être que la formation de ses ressources humaines. Monsieur le Recteur de l’Université ; Mesdames et Messieurs les membres du Corps professoral ; Au-delà de cette cérémonie et de l’Université d’Abomey-Calavi, je voudrais exprimer à l’ensemble des enseignants africains du supérieur toute mon admiration pour le travail immense qu’ils accomplissent chaque jour, dans des conditions parfois très difficiles, pour doter nos pays de cadres de qualité. Je sais que nombre d’Etats africains, confrontés à de multiples contraintes, n’ont pas toujours donné des réponses conséquentes aux préoccupations, parfois, majeures de l’enseignement supérieur. Mais grâce au dévouement et au sens élevé du devoir, ces enseignants font avancer les choses et produisent des résultats tangibles. Cela est à leur mérite ! Nous avons cru, depuis les premières années de nos indépendances, que nous pouvons acheter ou importer les technologies. Nous connaissons tous les déboires des usines « clés en main ». Les échecs industriels successifs nous indiquent que quand le savoir- faire se met en place avant les machines, le projet devient viable. Mais quand les machines sont mises avant le savoir-faire, le projet est souvent condamné à l’échec. Plus que notre respect, les universités méritent notre soutien, car plus que la formation individuelle des Hommes, les universités et les institutions de formation en général sont les moules où nous pouvons former les élites et développer les technologies qui font tant défaut à nos pays. L’Afrique, notre continent, est riche en minerais et en ressources agricoles. Ce qui nous manque pour faire fructifier nos ressources naturelles, ce sont les techniques, c’est le savoir. Et le savoir se cultive, se distribue dans les universités. Mieux, nous ne pouvons développer nos sociétés qu’en nous dotant des capacités intellectuelles et techniques qui nous permettront d’inventer les procédés et les techniques adaptées à nos besoins. Au moment de la course au profit financier, quel laboratoire européen ou américain va consacrer son temps à des recherches sur les maladies tropicales ? Il y en a de moins en moins. C’est aux universitaires et aux scientifiques africains que revient la mission de traquer les causes de nos maladies et de trouver leurs remèdes. Nous avons besoin, à cause des particularités de nos sols, de notre climat et de nos habitudes, de machines adaptées. Nos universitaires imbus des réalités du terroir seront plus à même de façonner ces machines. Même dans les domaines nouveaux, telles les technologies de l’information et de communication, nous avons besoin des logiciels appropriés, conçus dans nos langues et adaptés à notre approche culturelle. Nos pays ont cru qu’ils devaient importer la technologie. Une fois importée, la technologie a besoin d’être domestiquée, adaptée, pour répondre à nos besoins. Parti avec un retard que tout le monde connaît, le Tchad accorde la priorité aujourd’hui à la formation. Avec nos revenus additionnels du pétrole, nous avons créé, durant les cinq dernières années, plus d’universités et d’instituts que d’usines. C’est notre interprétation de l’adage qui dit : « Ne pas mettre la charrue avant les bŒufs ». A Abomey-Calavi, vous avez compris cette règle bien avant nous et nous avons besoin de votre accompagnement pour nous aider à développer nos universités et instituts. Nous comptons beaucoup sur la coopération sud-sud, car nous sommes persuadés que l’universitaire des tropiques comprend mieux l’étudiant des tropiques et inversement. Monsieur le Président et cher Frère ; Monsieur le Recteur de l’Université ; Mesdames et Messieurs les membres du Corps professoral ; Nos Etats ont pêché par chauvinisme en créant des institutions nationales au lieu de mutualiser leurs moyens, à travers des universités régionales ou inter-Etats. La conséquence est aujourd’hui l’écart observé entre la mission dévolue à nos universités et les moyens mis effectivement à leur disposition, l’écart observé entre les attentes de nos pays et les produits livrés par nos universités. Cette situation doit nous interpeller tous, dirigeants des Etats, responsables, enseignants et chercheurs du supérieur. Permettez-moi de finir mes propos en souhaitant longue vie à l’Université d’Abomey-Calavi et qu’on redonne à l’Université toute son universalité. Puisse Dieu, le Tout Puissant, vous assister, enseignants, chercheurs du supérieur et étudiants, sur le chemin de la réussite pour une Afrique forte. Je vous remercie.

Par: Le 08/07/2011 00:00