REMARQUES LIMINAIRES DU CHEF DE L’ETAT A LA VISIO-CONFERENCE G5 SAHEL-UNION EUROPEENNE

  REMARQUES LIMINAIRES DU CHEF DE L’ETAT A LA VISIO-CONFERENCE G5 SAHEL-UNION EUROPEENNE

-    Monsieur Mohamed Cheikh El GHAZOUANI, Président de la République islamique de Mauritanie, Président en exercice  du G5 Sahel ;
-    Messieurs les Chefs d’État ;
-    Madame la Vice-Secrétaire Générale des Nations Unies ;
-    Monsieur le Président du Conseil européen ;
-    Madame la Présidente de la Commission européenne ;
-    Monsieur le Président de la Commission de l’Union Africaine.

Je me réjouis de la tenue de cette importance rencontre par visioconférence, et félicite le Président El GHAZOUANI  et le Président du Conseil Européen, Louis Michel, de l’avoir bien préparée.

Cette rencontre se tient dans un contexte particulièrement dramatique marqué par une paralysie du monde entier à cause de la pandémie de coronavirus. Au-delà des dizaines des milliers des vies humaines emportées, les graves conséquences de cette crise sanitaire sans précédent, nous obligent à prendre conscience de notre fragilité en tant que humanité et, à regarder autrement notre destin commun. Face à cette pandémie, en dépit de nos différences en termes de niveau de développement et des infrastructures sanitaires, la planète entière a été ébranlée par l’ampleur des ravages causés par cette crise.  

Les pays du Sahel, déjà confrontés à des défis majeurs comme le terrorisme, l’insécurité, la pauvreté et le dérèglement climatique, sont subitement pris dans la spirale du COVID-19, qui a bouleversé toutes nos priorités. En sus du nombre élevé des morts que cause cette pandémie, elle entraîne des conséquences extrêmement graves en termes de récession économique et de délabrement du tissu social dont les prémisses se manifestent déjà avec acuité.

Dans un pays comme le Tchad où le secteur informel occupe près de 80% de la population active, les mesures de prévention et de lutte contre le COVID-19, commence déjà à faire ressentir les déséquilibres socio-économiques susceptibles de provoquer des conséquences non moins dangereuses que celle de la crise sanitaire.

D’une manière générale, sans rentrer dans les détails, rien que pour 2020, les conséquences économiques de COVID-19, les pertes globales de l'État et des entreprises sont estimées à plus de 900 milliards, sans compter celles du secteur informel, les difficultés d'approvisionnement sérieuses et la hausse du chômage dont les répercussions sont en cours d’évaluation.

Excellences
Mesdames, Messieurs,

Les conséquences du COVID-19 pour le Tchad, brièvement exposées, ci-haut, traduit l’urgence de la prise en compte par nous-mêmes et par nos partenaires du changement de l’ordre de nos priorités. Jusqu’à tout récemment, toutes nos réunions et nos échanges portaient essentiellement sur la menace terroriste, le développement économique, la gouvernance et le changement climatique. Pour relever ces défis, il faut d’abord exister et être en bonne santé. Le COVID-19, nous a non seulement confinés mais menace nos vies partout sur la planète.

Par conséquent, sans que les défis habituels auxquels nous sommes confrontés et dont nous discutions souvent sans des résultats tangibles, ne soient négligés, nous devrions admettre qu’au jour d’aujourd’hui, la priorité N°1 doit être la lutte contre le COVID-19 et ses conséquences multidimensionnelles.

La récession économique sans précédent qui se profile à l’horizon, aura sans nul doute, des répercussions sociales extrêmement éprouvantes dans nos pays sahéliens, déjà trop fragiles. Elle risque non seulement d’anéantir tous nos projets de développement et favoriser davantage l’expansion du terrorisme et de l’anarchie, mais elle pourrait également créer les conditions d’une crise alimentaire aiguë plongeant les couches sociales les plus vulnérables dans une profonde précarité.   

Face à cette sombre perspective, le Sahel attend une réaction prompte et énergique de tous ses partenaires compte tenu de la situation particulièrement difficile de cette région marquée par les chocs sécuritaires et climatiques.

Dans cette optique, tout en appréciant hautement les différentes initiatives ayant débouché sur le moratoire sur la dette de nos États, je joins ma voix à celles de mes homologues pour appeler à une annulation pure et simple de la dette extérieure de l’Afrique en général et du G-5 Sahel en particulier. J’ose espérer que nous pouvons compter sur vous tous qui êtes nos partenaires de premier plan pour sensibiliser davantage le reste de la communauté internationale sur cette question précise de la dette.

A cet égard, je tiens à remercier le Président Emanuel Macron, le Secrétaire général des Nations unies et le Président de la Commission de l’Union africaine de s’être déjà prononcé en faveur de cette revendication légitime.

En tout état de cause,   COVID-19 et ses conséquences s’étalent dans la durée, avec nos économies en lambeaux,  il nous sera difficile, voire impossible, de payer la dette, qu’elle soit annulée ou pas.

Excellences
Mesdames, Messieurs,

Malgré mon insistance sur le COVID-19 et ses graves conséquences sur nos pays, je n’occulte pas les autres défis non moins importants auxquels nous faisons face dans le Sahel. Le terrorisme, la pauvreté, le dérèglement climatique à l’origine des sècheresses, de l’avancée du désert et des inondations et autres catastrophes naturelles, nous préoccupent tout autant que le COVID-19. Mais dans l’immédiat, il s’agit d’une question de vie ou de mort face au COVID-19.  

La multiplicité de ces défis, les uns aussi rudes que les autres,  exige des réponses tout aussi robustes, immédiates et globales. L’élan de solidarité dont nous sommes en quête n’est malheureusement toujours pas au rendez-vous. J’en veux pour preuve, l’absence des progrès tangibles, dans la concrétisation d’importantes promesses faites ici et là lors des conférences internationales de mobilisation des ressources pour appuyer nos efforts de développement et de lutte contre le terrorisme.

Malgré nos moyens limités et nos défis multiples, nous continuons à consacrer, pour certains d’entre nous, jusqu’à 32% de notre budget à l’effort sécuritaire pour préserver nos pays contre la menace terroriste, sans oublier l’énorme sacrifice humain consenti chaque jour et au détriment de nos projets de développement.

Dans ce contexte particulièrement périlleux pour nos États, dangereusement aggravé par cette pandémie de COVID-19, je tiens à souligner l’impérieuse nécessité d’une vaste synergie d’actions et d’une grande mobilisation internationale de solidarité.

Je vous remercie de votre aimable attention.


Par: DGCOM Le 28/04/2020 07:35