MOT DU CHEF DE L’ETAT À L’OUVERTURE DE LA CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS

 MOT DU CHEF DE L’ETAT À L’OUVERTURE DE LA CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;

-    Messieurs les Présidents des Grandes Institutions de la République ;

-    Messieurs les anciens Premiers Ministres ;

-    Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement ;

-    Mesdames, Messieurs les Députés ;

-    Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Organisations Internationales accréditées au Tchad ;

-    Mesdames et Messieurs les Chefs des Missions diplomatiques et Consulaires du Tchad ;

-    Distinguées éminentes personnalités invitées ;

-    Mesdames et Messieurs.

A l’entame de mon propos, tout en souhaitant la bienvenue à tous ceux qui ont fait le déplacement de N’Djamena, je voudrais saluer la tenue de cet événement majeur qu’est la Conférence des chefs de missions et représentations diplomatiques et consulaires du Tchad, édition 2019.

Il ne vous a certainement pas échappé que cette Conférence se tient à une période cruciale de l'histoire, marquée par des bouleversements et des défis de plusieurs ordres, tant à l’intérieur de chacun des États individuellement pris, que dans la gouvernance de l’ordre multidimensionnel mondial.

Les conflits internes, les crises, le terrorisme, le changement climatique, la criminalité transnationale, les inégalités exacerbées entre les États par l’ordre économique international injuste, les tensions régionales, sont autant des défis qui menacent le monde en général, et l’Afrique en particulier.

Dans ce monde complexe, profondément troublé, et en perpétuelle mutation, dont l’évolution est difficile à prévoir, notre pays se doit de renforcer et de moderniser son outil diplomatique pour mieux défende nos intérêts, tant dans le cadre bilatéral, avec chacun de nos partenaires, que dans le cadre multilatéral.

Dans cette optique, je me félicite de la pertinence du thème retenu pour ces assises, à savoir « Le renforcement de l’outil diplomatique face aux défis sécuritaires et de développement durable ».

Ce thème souligne, avec éloquence, l’impérieuse nécessité de mettre notre outil diplomatique au diapason des impératifs vitaux du développement durable et des défis sécuritaires, mettant en péril notre existence et celle de l’ensemble du Sahel, voire au-delà.

Mesdames, Messieurs,

Distingués invités,

Face aux multiples défis multiformes sus-indiqués, il est extrêmement important de revisiter l’action extérieure de notre pays pour mieux saisir le présent, dans toute sa complexité, et envisager le futur en connaissance de cause.

Dans cette perspective, cette Conférence des Ambassadeurs arrive à point nommé, et offre l’occasion d’assigner à notre outil diplomatique des lignes directrices précises et des objectifs clairs par rapport à tous les enjeux majeurs de l’heure.

A cet égard, tout en me félicitant des succès remarquables enregistrés, ces dernières années, par notre diplomatie, aux plans sous régional, régional et international, nous devons fixer un nouveau cap à la lumière des priorités liées au développement durable et à la paix, à la stabilité et à la sécurité de notre pays.

Au plan économique, l’outil diplomatique doit absolument se mettre en phase avec la « Vision 2030 : le Tchad que nous voulons », pour que les intérêts vitaux et les priorités y consacrés soient réalisés au mieux des possibilités réelles de notre pays.

L’option résolue de la transformation structurelle de notre économie envisagée dans le cadre de cette Vision, à travers une diversification poussée de notre tissu productif, doit être soutenue par des investissements robustes dans les secteurs clés comme l’agriculture, l’élevage, les mines, les infrastructures, l’énergie et les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Nous devons poursuivre et densifier une coopération mutuellement avantageuse en scrutant toutes les opportunités à cette fin. Si l’on a privilégié jusque-là une économie basée sur l’exportation de nos matières premières, dorénavant, la priorité doit être accordée à la transformation de nos matières premières sur place.

La valeur ajoutée à nos produits et le transfert de compétence et du savoir-faire doivent être les maitres-mots de toute négociation avec nos partenaires.

L’apport des investisseurs étrangers est plus que déterminant dans la mise en œuvre de ce vaste chantier. Mais la mobilisation effective des investissements étrangers et la promotion de l’attractivité de notre pays, reposent en grande partie sur nos Missions diplomatiques et consulaires.

Vous devez donc, Mesdames et Messieurs les Chefs des Missions diplomatiques et consulaires, prendre toute la mesure de la portée et de la signification profonde de présentes assises, en vous focalisant, avec toute l’attention requise, au cours de vos échanges, sur les voies et moyens devant vous permettre, de contribuer efficacement à l’atteinte des objectifs visés par le Plan National de Développement.

Je vous exhorte donc à l’effort nécessaire à cette fin, au Ministère comme dans chacune de nos missions diplomatiques et consulaires, engageant l’ensemble du personnel dans cette œuvre collective à réussir, en étroite collaboration avec tous les autres acteurs concernés, relevant des secteurs public, privé ou mixte, pour avancer méthodiquement mais sûrement, vers les objectifs ou options murement réfléchis et retenus.

A ce titre, il vous revient de réfléchir à la meilleure stratégie de promouvoir le Tchad en faisant connaître la carte de ses richesses et de ses potentialités économiques, ses merveilleux sites touristiques, les opportunités d’investissements dans les différents secteurs, les facilités et garanties qu’offre le Gouvernement aux investisseurs, pour ne citer que ceux-là. Vous devez également accompagner nos opérateurs économiques dans l’exploration des opportunités d’exportation de leurs produits ou dans la recherche des partenaires étrangers.

Dans le même élan, je tiens à souligner, comme je ne cesse de le rappeler lors de mes déplacements à l’extérieur, que l’implication de notre diaspora à l’effort de développement de notre pays, est une priorité et une nécessité absolues.

Partout ailleurs, une diaspora responsable, animée par son fort désir de voir son pays d’origine se développer voit le jour. Il est de la responsabilité du Ministère des Affaires Étrangères et de vous-mêmes, Mesdames et Messieurs les Chefs des Mission diplomatiques et consulaires, de tout mettre en œuvre, pour sensibiliser, mobiliser et accompagner, nos compatriotes établis à l’étranger, qui ont beaucoup à apporter à notre pays.

Le Gouvernement créera toutes les conditions nécessaires pour une synergie d’actions avec la diaspora et pour sa participation effective à la mise en œuvre des priorités de « la Vision 2030 : le Tchad que nous voulons ». Pour ce faire,  d’ores et déjà, il convient d’approfondir les réflexions déjà menées à ce sujet avec certains de nos partenaires, pour drainer au mieux le potentiel de la diaspora à l’effort de développement  de notre pays.

Notre ambition à sortir le Tchad des sentiers battus et des clichés indignes, nous détermine plus que jamais, à faire valoir toutes nos potentialités, nos avantages comparatifs et nos capacités réelles de maîtrise de notre destin national. Ce ne sont pas les atouts qui manquent à notre pays, il suffit de leur donner l’agencement cohérent qui fait défaut.

A ce niveau, Mesdames et Messieurs les Chefs de Missions diplomatiques et consulaires, votre concours à la réflexion puis à l’engagement, ainsi que la contribution de notre Diaspora sont très attendus.

J’ose espérer que ce sujet fondamental au devenir de notre Nation trouvera toute la place qu’il mérite dans le cadre de vos travaux.

Mesdames, Messieurs,

Distingués invités,

La prospérité économique et sociale à laquelle nous aspirons à travers la mise en œuvre de « la Vision 2030 : le Tchad que voulons », ne peut se réaliser sans la paix, la stabilité et la sécurité dans notre pays et notre voisinage.

Malheureusement, l’expansion du terrorisme au Sahel et dans le bassin du Lac-Tchad, ainsi que les crises et conflits dans notre voisinage, nous obligent à consacrer une part importante de notre budget annuel à notre sécurité au détriment de nos programmes de développement socioéconomique.

Les conflits dans notre voisinage immédiat et l’insécurité provoquée par Boko Haram, ont eu des répercussions extrêmement graves sur notre économie. Toutes nos exportations et importations vers le Nigeria, notre premier partenaire économique, la Libye et la RCA, sont brutalement arrêtées, causant un énorme manque à gagner, et entraînant une cherté de vie sans précédent dans notre pays.

A cette longue perturbation de nos circuits commerciaux, s’ajoute le retour massif au pays de plus de 500 mille de nos compatriotes rapatriés de la Libye et de la RCA, sans compter la présence, depuis 2003, sur notre sol, de centaines des milliers des refugiés venant des pays voisins.

Par ailleurs, il convient de rappeler que notre pays, tout comme l’ensemble du Sahel, sont victimes des conséquences de l’intervention de l’OTAN en Libye, en 2011 ; une intervention qui est un véritable désastre pour lequel l’Afrique n’a aucune responsabilité à assumer. Comme nous le craignions dès 2011, la Libye est devenue un repaire des bandes criminelles et des groupes terroristes de tous bords, et constitue une source de ravitaillement des terroristes actifs au Sahel et dans le bassin du Lac-Tchad.

Malgré l’immense sacrifice consenti par nos forces de défense et de sécurité à la lutte contre le terrorisme, au sein de la force multinationale mixte du bassin du Lac-Tchad, et de la force conjointe du G-5 Sahel, nous ne sommes pas encore au bout de nos peines. Les opérations conduites par ces deux forces, ont certes, permis d’affaiblir et de contenir les groupes terroristes, mais la menace fait preuve d’une résilience déconcertante, comme le prouve la multiplication des attaques meurtrières successives de ces dernières semaines au Burkina et au Mali.

Devant la volonté affichée et la détermination de ces terroristes qui n’aspirent qu’à détruire nos États et à propager l’obscurantisme, au prix des massacres et de la désolation, nous n’avons pas d’autre choix que d’engager une guerre totale pour les anéantir en vue d’assurer notre propre sécurité et celle de la sous-région dont l’instabilité nous impacte directement.

Le terrorisme étant reconnue par la communauté internationale, comme une menace à la paix et à la sécurité internationale, le fardeau de la lutte contre ce fléau doit être partagé par cette communauté comme elle l’a fait en Afghanistan et au Moyen-Orient principalement.

Nous devons donc constamment interpeller ceux qui nous ont plongé dans cette situation d’insécurité généralisée, sans être consultés, ni préparés, pour leur rappeler leur devoir moral de tenir les multiples promesses qu’ils nous font ici et là lors des conférences internationales de mobilisation des fonds.

En rappelant la responsabilité de la Communauté internationale dans la gestion de la tragédie que vivent nos pays, nous ne demandons pas la charité et nous n’éludons pas nos propres responsabilités à garantir la quiétude à nos populations.

À ce titre, je ne le répéterai jamais assez, ce qui a été défait au nom de la communauté internationale doit être rétabli par la même communauté internationale qui peut compter sur notre total engagement à vaincre un mal qui n’épargne personne.

Dans cette optique, Mesdames et Messieurs les Chefs des Missions diplomatiques et consulaires, vous devez d’abord cerner tous les enjeux de cette situation complexe, hautement préoccupante, et ensuite l’expliquer dans toutes ses dimensions aux fins d’un plaidoyer fort, partout où cela est nécessaire, pour solliciter l’appui de la communauté internationale à l’effort collectif que déploient les pays du Sahel, en général, et le Tchad en particulier.

Cette approche est aussi valable pour les bailleurs des fonds qui, parfois, ont tendance à ignorer le poids de l’effort sécuritaire sur notre budget. Les pesantes charges supportées jusque-là par nos maigres ressources, ne les seront pas indéfiniment avec la crise économique et financière persistante et dévastatrice.

Pour conclure sur la situation sécuritaire, je tiens à rappeler que l’emploi de la force militaire toute seule dans la lutte contre le terrorisme, n’est pas une solution durable. Il doit être accompagné d’un effort conséquent de développement socio-économique.

La pauvreté qui touche une part importante de notre jeunesse fait le lit des terroristes vendeurs d’illusions. Cette dimension doit faire partie de vos réflexions pour déterminer le rôle de nos missions diplomatiques et consulaires dans la mise en œuvre des programmes conçus pour les jeunes pour leur offrir de nouvelles perspectives.

Mesdames, Messieurs,

Distingués invités,

Comme vous le savez, je conduis personnellement, depuis quelques temps, des réunions régulières pour faire le point des recettes de l’État. Les multiples défis, ci-haut exposés, obérant les charges de notre pays, nous commandent une rigueur sans faille dans la gestion de nos maigres ressources.

Cette rigueur et l’effort d’optimisation des recettes demandés à tous les services de l’État, s’imposent aussi à nos missions diplomatiques et consulaires, qui, il faut le rappeler, persistent parfois dans des pratiques peu orthodoxes.

Au cours de cette conférence, dans vos discussions relatives à la rigueur exigée dans la gestion des recettes consulaires, vous devez décliner des mécanismes clairs et précis pour garantir leur traçabilité et leur optimisation, à la lumière des instructions déjà relayées par les notes circulaires de votre Ministre de tutelle.

Mesdames et Messieurs les Chefs des missions diplomatiques et consulaires,

Je sais  que vous ne travaillez pas toujours dans des conditions optimales. J’ai conscience de vos difficultés et de vos problèmes. C’est d’ailleurs à juste raison que le Gouvernement vous a exempté d’un certain nombre de mesures d’austérité qui ont été prises suite à la mauvaise conjoncture que traverse notre pays.

Des efforts supplémentaires seront faits pour améliorer vos conditions et vous permettre de travailler plus efficacement dans la quête des résultats attendus.

La question de la performance de notre diplomatie nous préoccupe au plus haut point. A ce titre, je tiens à souligner que, d’une part, l’action et la performance soient récompensées et que, d’autre part, la passivité et la routine soient combattues sans états d’âme. Aucun écart ne sera plus toléré sur ce chapitre qui témoignera de l’efficience des structures et des effectifs qui vous sont confiés. Le Ministère des Affaires Étrangères, voire le Gouvernement, seront plus regardants, puisqu’il y va de la justification et de la rationalisation du coût de notre Diplomatie.

Il va sans dire que dans les services centraux également, la même rectitude du personnel et l’application à obtenir le rendement qui devra en découler, doivent être de mise et faire l’objet de toute l’attention du Chef du Département, de sorte que le déroulement de la carrière dans le corps diplomatique tchadien corresponde au professionnalisme dont il doit faire preuve.

Dans cette optique, je vous exhorte à faire une évaluation  lucide et objective de la situation et à proposer des réponses à la fois pertinentes et réalistes en tenant compte des ressources limitées de notre pays.

Mesdames et Messieurs les Chefs des missions diplomatiques et consulaires,

Ces dernières années, nous avons mis les bouchées doubles pour porter la voix du Tchad aussi loin que possible. De l’ONU à la CEEAC, en passant par l’Union africaine et bien d’autres organisations sous régionales, notre présence et notre apport ont accru en quantité et en qualité.

Cet effort doit être maintenu et renforcé. Le placement de cadres dans toutes les instances internationales doit préoccuper les représentants du Tchad que vous êtes. Les chefs de missions dans les représentations multilatérales doivent interagir avec le Ministère des Affaires Étrangères pour que les hauts cadres Tchadiens, suffisamment aptes à occuper de postes de haut niveau, soient coachés et guidés durant tout le processus qui met en compétition diverses compétences. Ceci doit constituer un autre axe prioritaire de votre réflexion.

Dans la même veine, il importe de noter que, dans le cadre multilatéral, vous avez aussi la charge de faire entendre la voix du Tchad, défendre ses intérêts et ses positions sur les questions  complexes de portée internationale comme la lutte contre la pauvreté, le terrorisme, la criminalité organisée à l’échelle internationale, les conflits transfrontaliers, les effets pervers du réchauffement climatique et  les problèmes migratoires notamment.

Cela exige de vous et des agents placés sous votre autorité, de la disponibilité permanente et l’esprit d’équipe en l’absence desquels, le dynamisme recherché ne sera qu’un leurre très dommageable pour la réussite de votre importante mission.

Mesdames et Messieurs les Chefs des missions diplomatiques et consulaires,

Tout en vous invitant à bien intégrer à votre réflexion, les grandes lignes et orientations que je viens  de tracer, et  en vous souhaitant plein succès, je déclare ouverts, les travaux de la Conférence des Ambassadeurs, édition 2019.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Par: DGCOM Le 19/11/2019 12:51