DISCOURS DU CHEF DE L’ETAT A LA CLOTURE DE LA CONFERENCE DES GOUVERNEURS

DISCOURS DU CHEF DE L’ETAT A LA CLOTURE DE LA CONFERENCE DES GOUVERNEURS

-    Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;

-    Messieurs les Présidents des grandes institutions de la République ;

-    Messieurs les Anciens Premiers Ministres ;

-    Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement ;

-    Mesdames et Messieurs les Gouverneurs ;

-    Officiers Généraux et officiers supérieurs des Forces de Défense et de Sécurité ;

-    Leurs Majestés Sultans et Chefs de Canton ;

-    Distingués Chefs religieux ;

-    Mesdames et Messieurs.

Nous sommes réunis pour éteindre les lampions de la 4ème édition de la Conférence des Gouverneurs qui, par son thème, par le lieu et le contexte de sa tenue, par la qualité des travaux et par l’engouement suscité, présente les caractéristiques d’une réussite indéniable.

En effet, pendant ces 48 heures, l’exercice d’analyse critique et de prospection intellectuelle auquel vous vous êtes adonné a servi indiscutablement d’éclairage utile pour une meilleure appréhension des enjeux et des défis multiples qui nous engagent tous, et en premier lieu les Gouverneurs de nos Provinces.

C’est le lieu de remercier et de féliciter les organisateurs et l’ensemble des participants à cette rencontre dont l’apport a été décisif dans le succès de ces assises territoriales, comme l’atteste la pertinence des conclusions qui viennent de nous être livrées.

Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs.

Hier à l’ouverture de cette Conférence, je notais que celle-ci se tient dans un contexte national et sous régional marqué par une multiplication de menaces dont la coagulation pourrait compromettre la réalisation de l’idéal collectif des Tchadiennes et Tchadiens de construire une nation résolument tournée vers la modernité et l’émergence.  

La paix, encore la paix, toujours la paix ! Je ne le dirai jamais assez, vivre en paix dans son propre pays n’a pas de prix, et il n’est pas nécessaire de vivre le contraire de la paix, c’est-à-dire la guerre et son cortège d’insécurité, pour se rendre compte de l’évidente valeur indéfinissable de la paix.

Malheureusement, nous sommes tous témoins des horreurs indicibles et inimaginables qui se sont produites dans certaines zones du pays ces derniers mois.

Rien, absolument rien ne peut justifier de tels actes ignobles, contraires à nos cultures, à nos croyances et à notre condition d’homme. Je ne peux comprendre que des Tchadiens tuent d’autres tchadiens à cause d’un lopin de terre, d’un point d’eau ou d’une tête de bétail.

Je me réjouis de constater que l’instauration de l’état d’urgence dans les trois (3) provinces concernées a contribué à limiter les affrontements sanglants et les premiers résultats sont encourageants, comme en témoigne la saisie impressionnante des armes détenues par les civils.

Tout en félicitant tous les acteurs impliqués dans cette opération, notamment les forces de l’ordre, les autorités administratives et traditionnelles, je voudrais les exhorter à poursuivre leurs efforts appréciables, afin d’éradiquer définitivement la course à l’armement des civils.

Le désarmement des civils ne doit être limité ni dans le temps, ni dans l’espace. L’opération de désarmement doit être généralisée à l’ensemble du territoire et doit constituer une préoccupation de l’ensemble des acteurs administratifs, militaires et traditionnels.

Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs.

Tout en regrettant profondément la propagation de la haine numérique dans certaines situations troubles, j’ai surtout noté avec une grande satisfaction que l’écrasante majorité de nos compatriotes sont foncièrement attachés à la paix et à la stabilité de leur pays.

Il ne m’a pas échappé que nombre de nos compatriotes y sont allés de leurs propositions et de leurs initiatives personnelles et associatives, en vue d’apporter leur contribution à une cohabitation apaisée des fils et filles du Tchad.

Je profite de cette tribune pour féliciter toutes les bonnes volontés patriotiques qui, d’une manière ou d’une autre, se soucient de la préservation de ce qu’on a de plus cher, c’est à dire la paix.

J’encourage tous nos compatriotes à s’inscrire dans cette noble démarche pour rapprocher les cœurs des tchadiens, par la sensibilisation, par le prêche de la tolérance, par la promotion du sentiment national, par la vulgarisation des textes de la République.

Dans cette quête d’actions collectives pour cimenter la cohésion nationale dans la perspective de l’émergence, aucune contribution n’est de trop.

Mesdames et Messieurs ;

J’ai parfaitement conscience que les réponses aux conflits intercommunautaires ne peuvent être exclusivement militaro-sécuritaires, dans la mesure où, tant les causes de ces conflits, que les protagonistes sont multiples et variables d’une Province à une autre.

L’accent premier doit être mis sur la prévention, en édictant des mesures pratiques et en engageant des actions concrètes susceptibles de participer en amont à la réduction des potentielles sources de discorde entre les citoyens.

À ce titre, il est d’une urgence absolue de procéder à une actualisation de la délimitation matérielle des couloirs de transhumance et des aires de stationnement du bétail.

C’est pourquoi, j’instruis les Ministres concernés à l’effet de mettre en place une Commission Nationale et des Comités locaux, en collaboration avec le Haut Conseil des Collectivités Autonomes et des Chefferies Traditionnelles, afin de fixer les conditions territoriales d’une bonne cohabitation entre les éleveurs et les agriculteurs.

Dans ce même registre, j’invite la Représentation Nationale à accélérer l’adoption des textes consensuels destinés à définir les règles en matière de pastoralisme, de régime foncier et domanial et de statut des chefferies traditionnelles.

Dans le même souci de prévention, il est instamment demandé aux autorités administratives d’engager les Chefs Traditionnels de leurs ressorts territoriaux à convenir entre eux des mécanismes préventifs de règlements de conflits, dans le respect des textes de la République.

Dépositaires de nos valeurs ancestrales, les Sultans, les Chefs de Canton, de ferricks et de village qui sont d’ailleurs les plus proches des populations doivent veiller sur tout ce qui touche à l’harmonie sociale et à la paix dans notre Communauté Nationale.

Je le redis de façon claire et ferme, dans la gestion des conflits meurtriers, l’application de la loi ne doit pas souffrir des compromis intercommunautaires.

Il ne sera plus jamais question d’absoudre un crime de sang par le truchement d’une réparation civile négociée sur le dos de la Justice.

Il ne sera plus jamais question pour un meurtrier d’échapper à la sanction pénale juste parce que sa communauté s’est acquitté de la Dia.
Cette pratique est par essence antirépublicaine, car elle anesthésie l’action publique par un simple arrangement intercommunautaire.

Cette pratique est profondément injuste, car elle introduit de fait une discrimination entre les citoyens en permettant au meurtrier aisé d’échapper à une peine pénale et en envoyant en prison celui qui est incapable de payer le prix du sang.

Plus grave, la pratique institutionnalisée de la Dia délivre une sorte de permis de tuer à ceux qui sont convaincus de la capacité financière de leur famille ou de leur communauté à payer leur crime.

La vie ne doit plus jamais être une marchandise monnayable !

Pour toutes ces raisons, je rappelle l’interdiction formelle de court-circuiter l’État et son Institution judiciaire en réglant les cas des meurtres intentionnels par l’acquittement de la Dia.

Tout meurtre délibéré doit au préalable systématiquement subir la rigueur de la loi pénale avant que ne soit envisagé la question de la réparation civile.

Mesdames et Messieurs ;

En parlant de l’Institution judiciaire, est-il besoin de rappeler l’importance du rôle des juges dans le maintien de la paix sociale ?

La Justice est la régulatrice attitrée des rapports sociaux à travers son pouvoir constitutionnel d’institution chargée d’appliquer les lois et règlements de la République.

Or, il est regrettable de constater que par le laxisme, les libérations illégales, le manque de fermeté, l’absence d’objectivité et l’appât du gain, la Justice est en train de perdre son âme et sa crédibilité.

En ma qualité de Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, je voudrais interpeller les magistrats sur la dangerosité de certaines pratiques dans nos tribunaux qui font de la Justice un facteur de déstabilisation sociale plutôt qu’une Institution garante du bon équilibre social.

Le principe cardinal d’indépendance de la Justice auquel je suis particulièrement attaché ne doit pas être détourné pour servir des intérêts égoïstes au détriment de l’intérêt général.

J’invite les magistrats à prendre pleinement conscience des enjeux vitaux qui sont en jeu et à accomplir leur mission avec la dignité et  la responsabilité  propres à la fonction de rendre la justice entre les hommes.

Mesdames et Messieurs les Gouverneurs,

Vous êtes les premiers dépositaires des lois de la République et de l’autorité de l’État dans vos provinces respectives. A ce titre, votre responsabilité est fondamentale tant en ce qui concerne le maintien de l’ordre républicain et la sécurité publique que le strict respect des droits des citoyens qui ne doivent en aucun cas pâtir de l’exécution des missions des forces de défense et de sécurité.

C’est à travers vos comportements et vos conduites exemplaires, que vous, autorités administratives, vous pourrez asseoir les bases d’une administration saine, efficace et efficiente au service de la collectivité.

L’exemplarité n’est pas un vain mot ! L’exemplarité est une attitude, une manière d’agir et un état d’esprit qui doit vous habiter en toutes circonstances.

En effet, c’est l’exemplarité qui suscite le respect de vos subordonnés et de vos administrés.
C’est l’exemplarité qui impose l’autorité que vous êtes censés incarner.

C’est l’exemplarité qui confère de la légitimité aux décisions que vous prenez dans l’exercice de vos fonctions.

Malheureusement, nombre de ceux qui sont perçus comme les incarnations locales de l’État versent dans des pratiques contraires à l’éthique administrative et insultantes pour le prestige de leurs fonctions.  Nombre d’entre vous, pour des motifs bassement matériels,  contribuent à alimenter les conflits communautaires au lieu d’œuvrer au mieux pour la cohabitation fraternelle.

D’aucuns d’entre vous, sont souvent apathiques et attentistes face à des situations qui nécessitent pourtant des réactions immédiates.

Il est régulièrement arrivé que des autorités administratives attendent un ordre de l’État pour agir, en oubliant qu’elles sont elles-mêmes l’État.

S’assumer au nom et pour le compte de l’État est le premier devoir inhérent à la nature même de la fonction de Gouverneur, de Préfet ou d’Administrateur Délégué !

Alors, Mesdames et Messieurs les Gouverneurs, je n’ai qu’un seul mot à vous dire : ASSUMEZ-VOUS !

En vous lançant cette interpellation, je ne voudrais pas passer sous silence les difficultés financières, matérielles et logistiques auxquelles vous êtes quotidiennement confrontées et qui entravent gravement votre capacité d’action.

L’impératif de résultats à laquelle vous êtes astreints impose au Gouvernement de vous fournir les moyens nécessaires à l’exécution de cette obligation.

C’est dans ce sens que des instructions fermes sont données au Ministre des Finances à l’effet de mettre un terme au retard récurrent dans la mise à disposition des fonds destinés par la Loi des Finances aux services déconcentrés de l’État.

Il n’est pas admissible que les autorités administratives locales soient réduites à l’impuissance totale en raison de la lenteur dans l’engagement des ressources financières régulièrement affectées par le Budget de l’État.

Dans le même ordre d’idées et en tenant dument compte des restrictions qu’impose encore la situation financière de l’État, un plan de renforcement en équipements divers de notre Administration devra être élaboré et mis en œuvre progressivement.

Toutefois, je ne saurais assez insister sur l’exigence de rigueur et de transparence dans la gestion des ressources et des moyens que l’État est amené à mobiliser au profit de ses démembrements dans les Provinces.

Je ne tolérerai pas que les deniers publics destinés au service soient utilisés par certaines autorités à des fins sans lien aucun avec le service.

Autant vos doléances en terme de mise à disposition des moyens de travail sont légitimes, autant vous devez être irréprochables dans la gestion orthodoxe des ressources diverses qui vous sont affectées.

Mesdames et Messieurs les Gouverneurs ;

Je profite de l’occasion présente pour vous rappeler que nous entamons la dernière ligne droite devant nous conduire à l’organisation des élections législatives et locales d’ici le mois de janvier 2020.

Je vous exhorte à apporter tout l’appui nécessaire aux organes de pilotage du processus électoral en cours, afin de garantir les conditions de bon déroulement des scrutins à venir.

Distingués invités,
Mesdames et Messieurs

Les résolutions issues de cette Conférence et les orientations que je viens d’exposer doivent aiguiller toutes les actions de l’État, au niveau central et déconcentré.

Au-delà de l’appareil étatique, c’est tous ensemble, dans un élan fraternel et solidaire, que nous pouvons conjurer tous les facteurs qui retardent notre marche vers le progrès et la modernité.

En souhaitant un bon retour à tous ceux qui ont fait le déplacement d’Abéché, je déclare clos les travaux de la 4ème Conférence des Gouverneurs.

Je vous remercie.


 

Par: DGCOM Le 05/10/2019 09:06