21 juin 2012 : Discours du Président de la République à l’atelier sur le Lac Tchad

Dans sa communication lors de cet atelier, le Président de la République IDRISS DEBY ITNO a rappelé que la question de la sauvegarde du Lac Tchad doit être une préoccupation mondiale. Monsieur le Président et Cher Frère ISSOUFOU MOHAMADOU ; Monsieur le Président et Cher Frère GOODLUCK JONATHAN ; Monsieur le Premier ministre centrafricain ; Mesdames, Messieurs les Chefs de Délégation ; Mesdames, Messieurs les Présidents Directeurs Généraux et Directeurs Généraux des Institutions Partenaires Techniques et Financiers ; Mesdames, Messieurs les Secrétaires Exécutifs des Conventions et des Institutions spécialisées ; Distingués Invités ; Mesdames, Messieurs Dans l’élan de la Conférence sur le Développement Durable, vous avez accepté de sacrifier une partie de votre précieux temps pour répondre à notre invitation à cet atelier sur la réhabilitation du Lac Tchad. C’est pourquoi, je ne peux m’empêcher, avant tout autre propos, de vous remercier pour votre présence massive. Cela dénote de l’importance que vous accordez à la problématique de la disparition programmée du Lac-Tchad. Mesdames, Messieurs, Une mer intérieure devenue lac, connaît ces cinquante dernières années, un assèchement drastique. Plus de trente millions d’habitants vivant directement ou indirectement des activités de pêche, d’agriculture, d’élevage, de commerce, sont ainsi menacés par les effets collatéraux de ce phénomène naturel. Je dis bien, plus de trente millions de personnes sont victimes de l’insécurité alimentaire, de l’insécurité économique, de l’insécurité tout court, élément fondamental de la liberté, dans cet espace lacustre. L’assèchement du Lac par une conjonction de facteurs climatiques et anthropiques, la rareté des ressources naturelles et la précarité des conditions de vie des populations riveraines qui en découlent nous interpellent tous, parce que le Lac Tchad est notre richesse et notre avenir communs. A cet effet, je voudrais dire que la sauvegarde du Lac Tchad est une préoccupation majeure qui ne doit pas concerner seulement la Commission du Bassin du Lac Tchad, en tant qu’institution sous régionale, et les pays membres, elle doit être celle de la Communauté Internationale. Etant entendu que si rien n’est fait pour inverser la tendance à la dégradation de ses eaux et de ses terres, les conséquences de notre inaction seront certainement irréversibles et très dommageables pour les populations riveraines et les générations futures. Au-delà, elles le seront pour l’Afrique et pour l’humanité toute entière. Je voudrais aussi rappeler cette évidence que le bassin du Lac Tchad, par ses nombreux écosystèmes forestiers et aquatiques, constitue un bouclier naturel de protection au Nord du Bassin du Congo contre la progression du désert. Mesdames, Messieurs ; Cette tribune m’offre l’opportunité de faire la relation entre la menace de la disparition du Lac Tchad et les enjeux spécifiques de Rio pour l’Afrique. Ces enjeux sont les mêmes, de sommet en sommet, et deviennent aussi prégnants qu’insatisfaisants. D’abord l’enjeu institutionnel : il faut doter les Nations unies d’une véritable institution environnementale, avec une capacité de proposition et des moyens instamment financiers, pour avancer des solutions concrètes au niveau des urgences humanitaires : accès aux biens publics, d’abord à l’eau et à l’énergie, lutte contre la désertification par un reboisement avec soutien à la Grande Muraille Verte, sauver des régions en perdition, à l’instar du Lac Tchad qui perd son eau et précarise une population nombreuse, estimée à plus de trente millions de personnes. L’heure est venue pour les Nations unies de se responsabiliser vis-à-vis de l’Afrique, c’est-à-dire d’agir à deux niveaux : l’urgence sociale et l’ingérence sécuritaire. L’ingérence sociale : la crise montre que c’est une préoccupation mondiale, mais elle se pose en Afrique de manière dramatique. Nos jeunes générations, y compris nos jeunes diplômés, sont sacrifiées. Pas de travail, pas de formation adaptée, très peu d’échanges y compris éducatifs avec les pays industrialisés. Il ne saurait y avoir de développement durable sans se préoccuper d’ouvrir à nos jeunes un espoir de travail, de mieux se former et d’échanger avec les jeunes générations des pays industrialisés. La vie économique à bon dos en sacrifiant les parts d’aide au développement à leur portion congrue. Nos jeunes sont en déshérence et crient à vos portes pour qu’on leur trouve une voie sociale, c’est-à-dire un travail décent. Le développement durable, mutilé de son volet social, est un développement qui ne mène nulle part, sinon au pillage des richesses sous toutes ses formes. Ce qui nous conduit à la troisième considération inhérente au développement durable que la sécurité et développement vont de paire. La sécurité des biens et des personnes, mais aussi des territoires. Ce qui ronge notre région est une instabilité qui conjugue la violence sociale des jeunes en déshérence, une délinquance juvénile et désŒuvrée, et un certain fondamentalisme religieux qui abuse les gens par la religion. Nous sommes devant une situation explosive qui résulte des conflits mal grés et réglés, ou insuffisamment pacifiés comme au Soudan et en Libye, avec comme ses conséquences négatives des milices sans foi ni loi qui ont choisi l’Afrique comme terrain d’expérimentation du terrorisme et de l’instabilité. Ces forces du mal doivent être combattues. C’est pourquoi, lors du dernier sommet de la CBLT tenu à N’Djaména, avec mes collègues, chefs d’Etat, nous avions mis au premier rang de nos préoccupations la sécurité, sans laquelle, il ne saurait y avoir de développement. Sans la sécurité, il n’y a ni liberté, ni possibilité d’avancer des solutions aux problèmes du réchauffement climatique, de l’accès aux biens publics, de la déforestation et d’une meilleure gouvernance. Mesdames, Messieurs ; On parle de sécurité alimentaire et on a raison. On parle de sécurité énergétique et on a raison. Je pourrais énumérer toutes les autres sécurités indispensables à l’Homme pour qu’il travaille, agisse et trouve sa place. Mais ces sécurités quotidiennes sont impossibles sans une sécurité globale des territoires. Et cette démarche est au cŒur du développement durable en Afrique. Aujourd’hui et demain. Ici à Rio, où nous consacrons le développement durable, sachons que négliger l’Afrique serait entravé un développement durable et équitable pour l’Afrique et le monde. Mesdames, Messieurs Je viens de démontrer par mes propos le lien qui existe entre la problématique de la sauvegarde du Lac Tchad dans notre vision pour un développement durable pour l’Afrique. C’est dire que la sauvegarde du Lac Tchad concerne et interpelle toute la Communauté internationale. Je me convaincs de la disponibilité de vos institutions et même de celles qui ne sont pas parmi nous à accompagner la Commission du Bassin du Lac Tchad afin qu’elle relève ce défi planétaire à la fois environnemental, socio-économique et humanitaire. Je ne doute pas des échanges fructueux que nous aurons au cours de cet atelier et certainement à d’autres occasions ultérieures.

Par: Le 23/06/2012 00:00