Editorial

L’AFRIQUE ET LA GOUVERNANCE MONDIALE

La place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale. Plus qu’une question d’actualité,  cette légitime revendication des Etats du continent est un impératif de premier ordre.  La dimension névralgique de cette question justifie le déplacement du Président sierra léonais à N’Djamena. Ernest Bai Koroma qui assure la coordination du comité consultatif chargé de réfléchir sur la participation de l’Afrique au conseil de sécurité des Nations unies comme membre permanent est venu rencontrer le Président en exercice de l’Union Africaine.  

Il est évident que les conclusions de la mission du conseil consultatif composé de 10 pays seront au menu du prochain sommet de l’Union Africaine qui se tiendra à Kigali.  Le sujet abordé préoccupe au premier chef le Président en exercice de l’Union Africaine IDRISS DEBY ITNO qui n’a d’ailleurs jamais fait mystère de sa volonté inébranlable de s’investir pour donner au continent toute sa place dans la nouvelle configuration de la géopolitique mondiale.  Cette noble ambition se justifie d’autant plus que l’architecture actuelle du conseil de sécurité des Nations unies ne reflète nullement la réalité et l’image des relations internationales.  

L’Afrique qui compte aujourd’hui 54 Etats doit logiquement et impérativement siéger au conseil de sécurité en qualité de membre permanent et mieux disposer d’un droit de veto.  Cette exigence tient à plusieurs égards.  Au-delà du préjudice historique fait à l’Afrique, il est question de transparence, de démocratie et de justice. Le conseil de sécurité des Nations unies qui est le principal responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationale ne peut continuer à être sous la houlette de 5 pays quand on sait que l’Afrique est le principal théâtre des opérations de maintien de la paix des Nations unies. Il est anormal voire aberrant que le continent noir ne puisse avoir voix au chapitre dans l’instance faitière de la sécurité internationale.

Comme l’a dit  le Président IDRISS DEBY ITNO avec son habituelle rhétorique, il est important d’avoir un regard africain sur les problèmes africains. Déjà aujourd’hui, l’on se rend bien compte de l’inefficacité de nombre d’interventions onusiennes dans les situations de conflits et de crises qui déchirent l’Afrique. L’Afrique doit siéger utilement au conseil de sécurité avec un droit de veto afin de peser de tout son poids sur les questions qui touchent son destin. Le  fameux cénacle des vainqueurs de la seconde guerre mondiale ne peut être le seul et l’unique arbitre des relations internationales.

Rien ne peut justifier et légitimer le pouvoir, les droits et les privilèges  acquis par la force du canon pour emprunter cette métaphore du Président en exercice de l’Union Africaine. L’élargissement du conseil de sécurité et la question du veto donneront les gages de la représentativité qui manque aujourd’hui terriblement au conseil de sécurité des Nations unies. La pertinence intellectuelle de cette revendication de l’Union Africaine ne fait assurément l’ombre d’aucun doute.

L’ONU doit simplement avoir le courage et l’audace de s’arrimer à la nouvelle donne mondiale. Deux sièges permanents pour l’Afrique avec droit de veto traduiront, à coup sûr, l’équilibre des forces au sein de l’Assemblée générale qui est d’ailleurs largement en faveur des pays du sud.  La présence de l’Afrique au conseil de sécurité avec droit de véto participe, en somme, de l’exigence d’un nouvel ordre mondial fondé sur la justice, la transparence et la démocratie. Il faut, comme l’a si bien relevé le Président IDRISS DEBY ITNO, rectifier le tir dans les meilleurs délais. L’on ne peut continuer indéfiniment à frustrer et à infantiliser 54 Etats,  tout un continent et plus d’un milliard d’âmes intelligentes.